Après plus de quatre décennies de travail et avoir élevé quatre enfants, Annie pensait pouvoir profiter d’une retraite paisible. Pourtant, à 65 ans, cette habitante des Pyrénées-Atlantiques doit compter chaque euro pour réussir à vivre jusqu’à la fin du mois. Avec seulement 950 euros de pension mensuelle, elle en est arrivée à supprimer certaines dépenses que beaucoup considèrent comme essentielles.
Sa télévision est éteinte depuis deux ans, son chauffe-eau ne fonctionne que quelques heures par jour et, depuis plusieurs mois, elle dépend de l’aide alimentaire pour se nourrir. Son témoignage, livré au micro de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio, met en lumière une réalité difficile : après une longue vie de travail, certains retraités doivent encore lutter quotidiennement pour couvrir leurs besoins les plus élémentaires.
Mais comment peut-on en arriver là après 42 années d’activité ? Et surtout, comment tenir avec une pension aussi faible ?
Avec 950 euros par mois, chaque dépense devient un calcul
Annie vit seule dans une petite commune des Pyrénées-Atlantiques. Sa retraite s’élève à 950 euros par mois, une somme qui lui laisse très peu de marge une fois les dépenses incontournables réglées.
Entre le loyer, l’assurance, l’électricité et les différentes charges, elle estime qu’il lui reste environ 480 euros pour terminer le mois et financer toutes ses autres dépenses.
Malgré cette situation difficile, elle essaie encore de mettre 80 euros de côté chaque mois. Une petite réserve qu’elle souhaite conserver pour faire face aux imprévus, même si cela signifie se priver davantage au quotidien.
Elle résume sa situation avec des mots particulièrement forts : « C’est une détresse complète ».
Pour Annie, il ne s’agit plus simplement de réduire quelques dépenses ou de faire attention à son budget. C’est toute son organisation quotidienne qui tourne autour d’une seule priorité : réussir à payer ce qui est indispensable.
Télévision éteinte, chauffe-eau coupé : les économies deviennent extrêmes
Chez Annie, les économies d’énergie ne sont plus de simples habitudes. Elles sont devenues une nécessité.
Depuis deux ans, sa télévision reste éteinte et débranchée. Elle a également supprimé les appareils laissés en veille et veille à ne pas gaspiller inutilement l’électricité.
Pour disposer d’eau chaude, elle a adopté une méthode très stricte : elle allume son chauffe-eau électrique, appelé aussi cumulus, le soir, puis le coupe le matin. Elle utilise ensuite l’eau chaude disponible jusqu’à ce que la réserve soit épuisée.
Selon le dernier relevé qu’elle évoque, cette vigilance lui aurait permis de ramener sa facture d’électricité à 33 euros par mois.
Mais les restrictions ne concernent pas uniquement son logement. Elle utilise également sa voiture le moins possible, car le prix du carburant représente une dépense supplémentaire difficile à supporter.
Pour anticiper certaines factures, comme le contrôle technique de son véhicule ou l’intervention du ramoneur, elle a même imaginé un système de petites économies dans des boîtes. Chaque semaine, elle y dépose 1,40 euro pour une dépense et 2,40 euros pour l’autre.
Des sommes modestes, mises de côté petit à petit, mais qui montrent à quel point chaque dépense doit être anticipée.
La Banque alimentaire devient indispensable pour se nourrir
Le plus préoccupant dans le témoignage d’Annie reste peut-être sa difficulté à financer son alimentation.
Depuis trois mois, elle doit se tourner vers la Banque alimentaire pour pouvoir se nourrir correctement. Une aide devenue nécessaire alors qu’elle a travaillé pendant 42 ans et élevé quatre enfants.
Cette situation est particulièrement éprouvante pour une personne qui a consacré une grande partie de sa vie à travailler et à s'occuper de sa famille.
Annie ne cherche pas à dissimuler sa détresse. Elle exprime simplement ce qu'elle ressent face à cette réalité quotidienne : « Je n’arrive plus à vivre, je survis ».
Derrière cette phrase se trouve une question essentielle : comment une personne ayant travaillé aussi longtemps peut-elle se retrouver dans une situation où elle doit choisir entre se chauffer, se déplacer et bien manger ?
Une pension très inférieure à celle de nombreux retraités
Les 950 euros mensuels d’Annie sont bien en dessous de la pension moyenne des retraités français.
Selon les données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) citées dans l’article d’origine, la pension moyenne de droit direct en France métropolitaine atteignait environ 1 512 euros nets par mois à la fin de l’année 2022.
L’écart est donc considérable : Annie dispose de près de 560 euros de moins chaque mois que cette moyenne.
Les femmes sont particulièrement exposées aux petites retraites. Les interruptions de carrière, les périodes consacrées à l’éducation des enfants et les emplois à temps partiel peuvent réduire les droits acquis pendant la vie professionnelle.
Même après de nombreuses années de travail, certaines femmes arrivent ainsi à la retraite avec des ressources insuffisantes pour vivre sereinement.
Quelles aides peuvent être demandées avec une petite retraite ?
Les personnes âgées qui rencontrent des difficultés financières ne sont pas nécessairement sans solution. Plusieurs dispositifs peuvent être étudiés selon leur situation personnelle, leurs ressources et leur lieu de résidence.
L'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA)
L’ASPA, souvent appelée minimum vieillesse, est destinée aux personnes âgées disposant de faibles ressources. Elle peut permettre de compléter une pension de retraite, sous réserve de remplir les conditions nécessaires.
Son attribution n’est pas automatique : une demande doit être déposée auprès de l’organisme compétent. Les ressources et certains éléments du patrimoine sont notamment pris en compte.
Les aides au logement
Les retraités qui disposent de revenus modestes peuvent également vérifier leur droit à une aide au logement, comme l’aide personnalisée au logement (APL).
Le montant éventuel dépend notamment des ressources, du loyer et de la situation du logement.
Les caisses de retraite et les services sociaux
La caisse de retraite peut examiner les droits de la personne concernée et vérifier si certains dispositifs complémentaires sont accessibles.
Il est également possible de solliciter le centre communal d’action sociale (CCAS) ou une assistante sociale. Ces professionnels peuvent aider à constituer les dossiers, identifier les aides disponibles et orienter les personnes vers les services adaptés.
Enfin, les associations et les Banques alimentaires jouent un rôle important pour les retraités qui ne parviennent plus à couvrir leurs dépenses alimentaires.