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Léa, la chatte siamoise : après avoir été exploitée pour ses chatons, elle a enfin découvert ce que signifie être aimée


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Pendant des années, sa vie n'a semblé avoir qu'une seule utilité : donner naissance à des chatons que d'autres pourraient vendre. On admirait ses yeux bleus, son pelage élégant et son allure de chatte siamoise. Mais personne ne semblait se demander ce qu'elle ressentait, ni combien de fois son petit corps avait dû supporter l'épuisement des grossesses successives.

Puis, un jour, elle n'a plus été assez rentable.

Alors, ceux qui prétendaient être ses propriétaires l'ont abandonnée.

Je l'ai rencontrée un matin froid d'octobre, devant une clinique vétérinaire. Ce jour-là, je ne cherchais pas un animal à adopter. Je passais simplement devant l'établissement lorsque quelque chose a attiré mon regard, près du mur.

C'était une chatte.

Elle était recroquevillée sur un morceau de carton détrempé, comme si elle essayait de disparaître dans le décor. Son pelage clair, autrefois probablement magnifique, était terni par la saleté. Sa longue queue reposait sur le sol humide et ses pattes étaient serrées contre son ventre.

Mais ce sont ses yeux qui m'ont arrêté.

Deux grands yeux bleus, magnifiques, mais profondément fatigués. Elle regardait les passants sans bouger. Elle ne miaulait pas pour attirer l'attention. Elle ne cherchait même plus à s'approcher des gens.

Elle semblait avoir compris que personne ne s'arrêterait pour elle.

Je me suis accroupi à quelques pas.

— Bonjour, petite… Qu'est-ce que tu fais toute seule ici ?

Elle a légèrement relevé la tête. Un petit son rauque est sorti de sa gorge, presque imperceptible.

J'ai tendu la main sans avancer davantage.

À ma grande surprise, elle n'a pas reculé. Elle a reniflé mes doigts, hésité quelques secondes, puis a doucement frotté son museau contre ma paume.

Ce geste était si fragile que j'ai senti ma gorge se serrer.

Elle ne me connaissait pas. Elle n'avait aucune raison de me faire confiance. Pourtant, elle venait de chercher un peu de tendresse auprès d'un inconnu.

En la regardant de plus près, j'ai remarqué une trace autour de son cou : son pelage était usé à l'endroit où un collier avait longtemps reposé. Sa peau était irritée.

Cette chatte avait connu une maison. Elle avait probablement dormi dans un panier, reçu des repas et vécu auprès de personnes qu'elle aurait dû pouvoir considérer comme sa famille.

Alors, comment avait-elle fini sur ce morceau de carton mouillé ?

Je l'ai enveloppée délicatement dans une couverture et je l'ai emmenée à l'intérieur de la clinique.

Je ne savais pas encore que ce que le vétérinaire allait découvrir me bouleverserait autant.

À la clinique, nous l'avons installée dans une pièce calme, loin du bruit et des mouvements brusques. Elle semblait épuisée. Même lorsqu'on lui proposait de la nourriture, elle hésitait avant de s'approcher de sa gamelle.

Le vétérinaire a commencé son examen avec beaucoup de précaution. Il a observé ses yeux, vérifié ses dents, palpé son abdomen et examiné sa peau.

Plus les minutes passaient, plus son expression devenait sérieuse.

Son ventre était distendu. Ses mamelles étaient anormalement développées et certaines zones semblaient inflammées. Son corps portait les signes d'une vie particulièrement éprouvante.

— Elle est encore jeune, m'a expliqué le vétérinaire, mais elle paraît très affaiblie. Les signes que nous observons peuvent être compatibles avec plusieurs gestations et un manque de soins adaptés. Il va falloir réaliser les examens nécessaires pour comprendre exactement son état.

Je suis resté silencieux.

J'avais du mal à imaginer combien de fois cette petite chatte avait pu mettre sa santé à l'épreuve. Combien de portées avait-elle portées ? Combien de fois avait-elle dû se remettre de l'épuisement pendant que d'autres décidaient déjà de ce qui allait lui arriver ensuite ?

Je lui ai alors donné un nom : Léa.

Je voulais qu'elle ne soit plus simplement « la siamoise abandonnée » ou « la chatte trouvée devant la clinique ».

Elle avait désormais un nom. Et, à partir de ce moment, quelqu'un allait se soucier de ce qui lui arrivait.

Le vétérinaire a commencé à organiser les soins dont elle avait besoin. Il fallait surveiller son état général, traiter les problèmes identifiés et lui permettre de reprendre des forces.

Pendant ce temps, je me suis installé près de son panier.

Léa gardait les yeux ouverts, attentive au moindre bruit. Chaque fois qu'une porte s'ouvrait, ses oreilles bougeaient brusquement. Elle semblait toujours attendre quelque chose de mauvais.

J'ai posé une petite couverture près d'elle.

— Tu peux te reposer, Léa. Personne ne va te demander quoi que ce soit ici.

Elle n'a pas répondu. Elle a simplement fermé les yeux quelques secondes.

Mais le lendemain, une découverte allait donner un tout autre sens à son abandon.


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